Un autre souvenir me vient à l’esprit ce matin. j’étais au
pensionnat en Avignon je devais avoir 10 ans, j’avais amie qui s’appelait
Mireille, on était les deux seules filles de paysans. Toutes les pensionnaires
étaient des filles de notables, avocats, notaires etc On était un peu les
moutons noirs du pensionnat, et ce soir là dans le dortoir, les filles
dormaient et la sœur qui nous gardait avait éteint sa lumière, on était
tranquille. On voulait s’échapper de l’école, mais les barreaux aux fenêtres
étaient bien serrés on ne pouvait pas passer, même si nous étions minces toutes
les deux. On avait regardé par la fenêtre s’il y avait une autre issue, mais
non. Quand on est enfant on a de ces idées....
C’est la mort dans
l’âme que l’on est allée se recoucher. Mireille ma meilleure amie de cette
époque douloureuse, on s’est retrouvé bien quelques années après, nous étions
mariés et avec enfants, et le seul souvenir que nous avons évoqué en premier ce
fut celui-là. Il est resté gravé dans ma mémoire malgré mes quatre-vingt et un
an. On se considérait comme en prison et les sœurs comme des matons(es) car
elles nous détestaient toutes les deux cela se sentait. On n’était que des filles
de paysans, riches certes, mais paysans quand même.
Bonjour l’humilité chez des sœurs qui prient tous les jours.
Depuis je ne peux plus les considérer comme de saintes femmes, mais comme des
femmes aigries.
Les souvenirs ne sont pas toujours agréables mais ils font
partis des expériences à vivre, ils font ce que nous sommes, et cela seul
compte.
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